Depuis qu’on a lancé l’Escale, on a toujours accompagné beaucoup plus de femmes que d’hommes.
En gros, les hommes représentaient environ 20% de nos participants.
La plupart du temps, ils ne nous appelaient pas forcément par vrai choix mais parce qu’il leur était arrivé quelque chose. Un licenciement. Un burn-out. Un divorce.
En réalité, le bilan s’était imposé à eux, plus qu’ils ne l’avaient choisi.
Mais aujourd’hui, 30% de nos participants sont des hommes.
L’évolution n’a pas l’air dingue vu de l’extérieur mais elle reflète pourtant un vrai mouvement de fond.
Non seulement les hommes sont de plus en plus nombreux à se lancer dans un bilan de compétences mais les raisons pour lesquelles ils se lancent ont elles-aussi changé.
Pourquoi les hommes attendent-ils souvent avant de faire un bilan de compétences ?
Beaucoup des hommes que nous rencontrons ont suivi une trajectoire relativement “classique”. Ils ont fait leurs preuves au boulot, ont fondé une famille, acheté une maison.
Puis les années ont passé. Et ils n’ont pas forcément pris le temps de se demander si cette trajectoire leur convenait toujours.
- Michael travaille dans la même banque depuis vingt ans.
- Guillaume est dans la même entreprise depuis sept ans.
- Gilbert évolue dans le secteur médico-social depuis près de trente ans.
Aucun d’eux n’est arrivé en disant qu’il détestait vraiment son métier. Mais tous se posaient une question beaucoup plus difficile à formuler :
« Est-ce que j’ai encore envie de faire ça pendant les dix, quinze ou vingt prochaines années ? »
Et, surtout, ce qui ressort de nos échanges, c’est que beaucoup d’hommes ne s’accordent pas facilement le droit de s’arrêter pour réfléchir à eux-mêmes. Ils ont appris à avancer, à gérer, à encaisser. Mais rarement à se demander ce qu’ils veulent vraiment.
Licenciement, burn-out, divorce : quels sont les déclencheurs d’un bilan de compétences chez les hommes ?
Très peu d’hommes nous contactent par simple curiosité.
La plupart arrivent après quelque chose.
Pour S., c’est la liquidation brutale de son entreprise après quatorze ans, au moment même où sa femme traversait une grossesse compliquée.
Pour R., plusieurs événements se sont enchaînés en quelques mois : un licenciement, le décès de son beau-frère, une maladie génétique découverte dans la famille.
Pour Xavier, c’est un licenciement qu’il décrit lui-même comme violent, après des années dans la grande distribution.
Pour d’autres, c’est un burn-out. Ou une lassitude qui s’installe sans qu’on arrive à la nommer.
Mais parfois encore, le déclic ne ressemble pas à une catastrophe.
L’un des participants que l’on a interrogé nous a raconté que tout avait commencé par une séparation. Il ne s’était pas mis à réfléchir à son travail tout de suite.
D’abord, il s’était remis au sport. Puis il a arrêté de fumer. Il avait remis en question des choses dans sa vie, une par une. Et au bout d’un moment, le boulot était remonté à la surface tout seul.
« À chaque fin d’étape, je retrouvais une nouvelle question. »
Pour un autre, c’est une petite phrase de ses enfants qui a tout déclenché.
« J’ai l’impression que t’es tout le temps fâché. »
Pas un bouleversement mais une phrase dite entre deux bouchées qui a eu plus d’impact que tout le reste.
Ce qui est frappant, c’est qu’aucun ne parle d’une décision prise sur un coup de tête.
Beaucoup décrivent une succession de signaux qu’ils ont longtemps ignorés. Parfois, il en faut deux… ou même dix ! Comme si le premier ne suffisait pas.
La pression de « devoir tenir »
Il y a quelque chose qu’on entend souvent lors de nos premiers échanges, (même si les hommes ne le formulent pas aussi directement), c’est l’idée qu’ils ne peuvent pas se permettre de remettre les choses en question.
Pas parce qu’ils ne le veulent pas mais parce qu’ils ont l’impression que ce n’est pas le moment.
Ils ont une famille qui dépend d’eux financièrement, des preuves à faire dans un poste, un statut à tenir qu’ils ont mis des années à construire …
Et cette idée que changer de voie serait prendre un risque qu’ils ne pourraient pas assumer.
Bien sûr, on retrouve cette pression aussi chez les femmes qu’on accompagne. Mais cette pression ne les empêche pas de prendre le temps d’y réfléchir.
Or, chez les hommes, elle agit souvent comme un verrou.
Alors ils attendent. Que les enfants soient grands. Que le crédit soit remboursé. Que la situation se stabilise. Qu’ils aient « le droit » de penser un peu à eux.
C’est aussi pour ça qu’on a accompagné pas mal d’hommes qui ont attendu le moment de leur retraite pour enfin trouver quelque chose qui leur donne envie de se lever le matin. Et pas juste raisonner en termes de salaire.
De plus en plus de pères cherchent un meilleur équilibre
C’est probablement l’évolution la plus marquante ces dernières années. Encore plus depuis le Covid.
Pendant longtemps, les questions d’équilibre entre vie pro et vie familiale étaient surtout associées aux femmes. Aujourd’hui, les pères que nous accompagnons se posent exactement les mêmes questions.
Pierre est devenu papa il y a un an. Son métier lui plaît. Il ne veut pas en changer. Mais il ne veut plus recevoir de messages professionnels le soir.
Maxime assure une grande partie de l’organisation familiale parce que sa compagne est chirurgienne. Il cherche un projet qui lui permette de rester présent auprès de sa fille. Pas forcément de changer de vie mais juste de la penser différemment.
Clément, est papa de deux enfants. Il a fait des années le trajet Paris-Poitiers trois jours par semaine avant de déménager. C’est ce déménagement qui l’a amené à se demander ce qu’il voulait vraiment pour la suite.
Désormais, les hommes aussi nous disent qu’ils ont besoin de plus d’équilibre, de plus de temps. Ils ont besoin de passer plus de temps avec leurs enfants.
Le Covid a probablement joué un vrai rôle là-dedans. Beaucoup ont découvert une autre façon de travailler … et parfois une autre définition de ce que ça veut dire de réussir.
Ils savent qu’il faut changer quelque chose. Mais ils ne savent pas quoi.
Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, les hommes n’arrivent pas toujours avec un projet de reconversion en tête.
Beaucoup arrivent avec plus de questions que de réponses.
« Je veux faire le point. »
« Je ne sais plus trop ce que j’ai envie de faire. »
« J’ai besoin de comprendre ce qui me correspond encore. »
Ces phrases reviennent constamment dans nos premiers échanges.
Vincent nous expliquait n’avoir « aucun point de départ ».
Rodolphe voulait surtout réussir à mettre des mots sur ses compétences.
Yves, après plus de vingt ans dans le même secteur, voulait explorer ce qui s’offrait à lui avant de décider.
Et puis il y a ceux qui arrivent avec des idées très arrêtées. Qui pensent déjà savoir ce qu’on va leur dire. L’un d’eux nous a dit exactement ça :
« Je savais ce qu’on allait me dire. Et je l’ai fait quand même. »
C’est souvent là que le bilan devient utile. Pas pour trouver une réponse toute faite. Mais pour enfin mettre des mots sur qui on est vraiment et de dont on a envie.
Ils ne repartent pas forcément avec un nouveau métier
Quand on leur a demandé ce qui les a le plus aidés, les réponses nous ont assez surpris.
Très peu parlent des tests ou des outils.
Ils parlent des échanges. Du fait d’avoir eu – enfin – un espace pour réfléchir.
D’avoir pu verbaliser des choses qu’ils repoussaient depuis des années.
Eric nous a dit une phrase qu’on entend souvent, sous différentes formes :
« Le bilan ne sert pas à trouver des solutions. Il sert d’abord à s’autoriser à réfléchir à soi. »
Pas de fausse promesse. Pas de révolution. Mais ce moment pour soi qu’on devrait tous s’offrir à un moment de notre vie.
En définitive, les hommes que l’on accompagne ne repartent pas forcément avec un nouveau métier.
Ils repartent avec quelque chose de parfois plus puissant : une meilleure compréhension de ce qui les motive, de ce dont ils ont besoin et de la place qu’ils veulent vraiment donner au travail dans leur vie.
Ce qui nous touche, c’est la suite.
Beaucoup ont fait leur bilan discrètement. Sans en parler à leur entourage ni au au boulot. Et pourtant, une fois terminé, ils sont les premiers à en parler à leurs amis ou à leurs collègues. Et à leur conseiller de se lancer.
Alors si vous êtes un homme et que vous vous reconnaissez un peu dans ces témoignages ,arrêtez de remettre vos questionnements sous le tapis et octroyez vous enfin ce temps pour vous poser les bonnes questions.
Vous verrez, ça va bien se passer ! Si vous avez envie d’en discuter et de faire un premier point gratuit, ensemble. N’hésitez pas à bloquer un moment pour papoter !

